De la sur-ingénierie dans l’automobile…

… ou comment accuser les autres de nos petits malheurs !

Il m’est arrivé une mésaventure mardi dernier que j’ai le plaisir de vous conter :

Dans le soucis d’améliorer mon karma éco-biologique, je prends de temps en temps le bus qui m’emmène pour une modique somme de 70 ¢ de la gare de Pertuis à l’arrêt de bus en face de mon travailj’en pro­fite pour re­mer­cier la com­mu­nau­té des com­munes du pays d’Aix et l’in­ci­ter à conti­nuer en ce sens vu l’im­pact né­ga­tif qu’ont toutes ces heures de bou­chons sur la san­té éco­no­mi­que, éco­lo­gique et so­ciale de ce même pays d’Aix.

Donc mardi matin, je saute dans la voiture avec quelques minutes de retard sur mon timing, arrive à la gare vers 7h43 et demie, sort en catastrophe de la voiture et cours pour prendre le bus qui décolleils ont des su­per bus à la CC­PA :-) à 7h45 pé­tante ! Ouf… Je suis dans le bus.

Tout va bien ! Et vous commencez à vous demander pourquoi je vous raconte tout ceci et comment je vais arriver à parler de l’ingénierie automobile ? Serais-je atteint de sénilité précoce pour déblatérer ainsi par le menu détail ces moments insignifiants mais néanmoins récurrents de ma vie quotidienne ? Non, non, je vous rassure. Voici ce qui se passa le soir, en descendant du bus avec le sentiment béat du devoir accompli.
— « Tiens, tiens ? » me dis-je en appuyant sur la télécommande d’ouverture et en constatant une absence complète du début du moindre frémissement de la voiture.
Et là, assez vite je me rends compte que quelque chose ne va pas. J’ouvre la voiture avec la clef  – vous savez, sans appuyer sur un bouton mais en introduisant la partie métallique dans la fente appelée « serrure » et en effectuant un mouvement de rotation du poignet dans le sens horaire –, prends place sur le siège du conducteur et constate avec dépit que la commande d’allumage des feux est bien en position allumé.

Damned ! Ce matin, dans la précipitation, j’ai oublié d’éteindre les phares ! Je n’ai même pas eu le temps d’entendre la voiture me signaler, de cette agréable mélodie entendue quotidiennement, « tu-n’as-pas-éteint-les-feux-tu-n’as-pas-éteint-les-feux-tu-n’as-pas-éteint-les-feux-tu-n’as-pas-éteint-les-feux-tu-n’as-pas-éteint-les-feux-t’es-ballot-ou-quoi »

Et là, dépité par ce mauvais coup du sort, dans la nuit froide de cette fin d’après-midi hivernale, je me sens pris d’un irrésistible sentiment de pitié pour ces ingénieurs de l’automobile qui en sont arrivés à concevoir cette fabuleuse solution technique…

Observons au ralenti ces instants d’intense création au moyen d’un petit flash-back romancé que nous autorise la fiction :
— « Bon les gars ! Il va falloir être créatif ! Ce matin encore, notre chef s’est pris un savon par le big boss car la batterie de son carrosse était à plat.
Jules – il a été viré depuis – avait oublié d’éteindre les phares de la voiture du patron hier au soir. En conséquence de quoi le grand chef n’a pas pu aller prendre son petit déj’ au Fouquet’s ce matin et a fait une irruption d’une rare violence dans le bureau du chef ce matin.
Je peux vous dire que ça a crié et qu’on a intérêt à se démener si on veut être encore là le mois prochain. »
« Je veux une solution demain midi sur mon bureau ! Au boulot ! »
J’enjolive peut-être mais je pense que seule une situation de stress intense a pu conduire à ce genre de résultat.
Examinons tout aussi calmement la solution retenue sur un scénario des plus standards :
  1. la nuit tom­be,
  2. le conduc­teur al­lume ses pha­res,
  3. le conduc­teur ar­rive à des­ti­na­tion,
  4. il coupe le contact,
  5. il ouvre la por­tiè­re,
  6. il met un pied de­hors,
  7. il en­tend une alar­me,
  8. il réa­lise que quelque chose ne va pas,
  9. il se sou­vient que les phares sont al­lu­més,
  10. il se penche vers les com­mandes de pha­re,
  11. il tourne cette der­nière jus­qu’à ex­tinc­tion des pha­res,
  12. il sort de la voi­tu­re, lé­gè­re­ment aga­cé par le son de l’alarme et par le sen­ti­ment d’être rap­pe­lé à l’ordre par un bête mé­ca­nisme sans in­tel­li­gen­ce,
  13. il ferme la voi­ture….
L’analyse du scénario a vraisemblablement été faite pour contrer le cas redouté « le conducteur oublie d’éteindre ses phares ». La solution est alors évidente : puisqu’il faut lui éviter d’oublier rappelons le lui ! Bon sang, mais c’est bien sûr.
— « Chef, chef ! On a la solution. Il suffit d’ajouter :
  • un dé­tec­teur de cou­rant sur le cir­cuit des pha­res,
  • un dé­tec­teur de cou­pure de contact,
  • un mi­cro-­contrô­leur ­per­met­tant de cou­pler la dé­tec­tion de cou­rant avec la dé­tec­tion de cou­pure de contact,
  • un gé­né­ra­teur de to­na­li­té cou­plé avec une ges­tion de la va­ria­tion de pé­riode (il ne faut pas que l’alarme soit trop agres­sive tout de mê­me),
  • un haut-­par­leur,
et avec ça, nos voitures seront capables de rappeler au conducteur d’éteindre les phares, et Jules ne sera plus jamais viré ! On est trop fort ! On a aussi pensé mettre un synthétiseur vocal avec la voix d’Angelina Jolie, mais on a pensé que ça serait un peu cher. »
Pour faire court, je vous donne l’autre solution, mise en œuvre sur une voiture de marque italienne populaire et souvent décriée depuis au moins 15 ans :
  • mettre le cir­cuit des phares sur le coupe cir­cuit du contact
Avec cette solution, les phares s’éteignent quand on coupe le contact. C’est économique à réaliser, ça répond au besoin qui est de ne pas laisser les phares allumés, ça n’agace pas le conducteur.
Seulement fallait-il se concentrer sur le vrai besoin qui était  « éteindre les phares » et non pas « rappeler à Jules de faire quelque chose »…


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