vendredi 20 avril 2012

Lettre à Eva Joly

Je poste ici cette lettre à Eva Joly, qui m'a touchée et qui fait écho à mon désarroi de ne pas pouvoir voter « pour » mais de devoir voter « contre »…


Chère Eva Joly, chère équipe des Verts et d'Europe écologie, 
Si j'ai choisi de vous envoyer un petit mail, c'est parce que je suis, à l'approche du scrutin de dimanche, de plus en plus empreinte d'une certaine frustration...En effet, je m'apprête à voter non pas selon mon cœur, mais selon « la raison »; celle qui me pousse à tout faire pour que ne se reproduise pas la honte d'avril 2002 et pour que M. Sarkozy soit écarté. Car si j'écoute mon cœur, c'est à vous que je donnerais ma voix, comme je l'ai toujours fait depuis que je suis en âge de voter. 
Mais depuis cinq ans, je suis tellement abasourdie et attristée par ce qui est fait que je me suis convaincue, dès le début de cette campagne, de voter "utile"... pour ne pas m'en vouloir plus tard, pour ne pas me dire que j'aurais dû tirer leçon des expériences passées...Le choix du cœur, je me suis dit que je le ferai au législatives.
Jusqu'à aujourd'hui, j'arrive à me tenir à ma décision, mais en faisant l'autruche, pour ne pas prendre le risque de céder à la tentation de voter "vrai "plutôt qu'utile. 
Mais c'est dur...C'est dur de voter contre plutôt que pour, c'est dur de ne pas s'exprimer pleinement et honnêtement dans un pays où on a pourtant la chance de pouvoir le faire, c'est dur de se dire qu'on va donner sa voix à quelqu'un qui, sur beaucoup de points, ne vous convainc pas.Ce soir, j'ai lu votre profession de foi et je m'y retrouve complètement, je lis enfin les mots « tolérance », « apaisement », « réconciliation » qui me sont chers, je me prends à rêver du réel changement que votre élection pourrait entraîner, de la fierté que cela susciterait en moi d'appartenir à un pays qui a su faire le « vrai pas ». Demain, je sais que je vais vous écouter sur France Inter et que le pincement que je ressens au cœur va se manifester encore un peu plus...
Et pourtant, dimanche, je crois que je me tiendrai quand même à ma décision car de la politique actuelle, je n'en peux vraiment plus.
Je voulais néanmoins que vous sachiez quel serait mon vote de cœur.
J'aimerais aussi, dans le fond, que vous parveniez à me convaincre de le suivre...
J'espère bien un jour, comme évoqué dans un billet précédent sur les systèmes de vote, avoir la possibilité de voter « pour » plutôt que « contre ».  N'hésitez pas à participer à l'expérimentation d'un vote de valeur pour cette présidentielle, qui sera peut-être un pas dans la direction d'un meilleur système de scrutins.

samedi 14 avril 2012

Une escarmouche



Un « vieux » dessin fait après des discussions avec les filles sur le sens du mot « escarmouche »… Nos divagations nous avaient bien fait rire à l'époque. Puisse-t il vous apporter le sourire !

mardi 10 avril 2012

Des votes !


Les élections approchent et si j’en crois mon entourage, il n’est pas facile pour tout le monde de choisir quel bulletin mettre dans l’urne : « Faut-il voter utile ? », « Ah non, je voterai pour mon candidat favori quoiqu’il arrive ! », « oui, mais quand même, je ne veux pas voir le FN au second tour ! »
Mais au fait comment un 21 avril est-il possible ? Comment peut-on avoir au second tour un candidat que moins de 18% des votants veulent voir élu ?

Condorcet à la rescousse !

Cette problématique n’est bien sûr pas nouvelle et a été analysée par le marquis Nicolas De Condorcet en 1785 dans son « Essai sur l’application de l’analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix ». Il y montre notamment qu’une procédure de décision à la majorité des voix peut conduire à des résultats paradoxaux.
Le scrutin uninominal majoritaire à deux tours — notre système de scrutin pour la présidentielle — ne respecte pas le critère suivant dit « critère de Condorcet » : un candidat qui, confronté à tout autre candidat est toujours le gagnant ,doit être élu. Ce critère semble pourtant bien naturel ! Mais aujourd’hui, on risque au premier tour d'éliminer un candidat qui aurait pourtant gagné face à tous les autres candidats pris un par un.
Exemple :
Sur 21 électeurs :
  • 7 électeurs ont pour préférence : A puis C puis B ;
  • 8 électeurs ont pour préférence : B puis C puis A ;
  • 6 électeurs ont pour préférence : C puis A puis B.
Avec un vote uninominal majoritaire à deux tours, le candidat C est éliminé dès le premier tour alors qu'il aurait gagné son duel contre A (A : 7 et C : 14) et son duel contre B (B : 8 et C : 13).
Il est possible que ce scénario soit proche de celui du 21 avril 2002 qui a vu la présence du FN au second tour.

Alors, pourquoi utilise-t on ce mode de scrutin ?
Il faut dire qu’il a un énorme avantage : sa simplicité ! On sait en effet le mettre un œuvre assez facilement à l’aide de bulletins papiers et d’un dépouillement manuel, ce qui n’est pas le cas de tous les systèmes de vote.

Le bon système

Je suis désolé, car malgré le titre de cette section, il n’existe pas de bon système. Kenneth Arrow, un économiste américain, montrera mathématiquement en 1951 avec son célèbre théorème d’impossibilité qu'il n’existe aucun système électoral qui permette indiscutablement et démocratiquement de transformer des choix individuels en choix collectif, tout en préservant un certain nombre de critères raisonnables (du type du critère de Condorcet).

Mais alors ? Sommes-nous réduit à devoir utiliser des systèmes de vote qui n’ont pas de justifications mathématiques solides et qui n’ont parfois pas plus de valeur qu’un lancé de dès ?

Des systèmes pas trop mauvais

La situation n’est pas aussi catastrophique qu’il n’y parait. S’il n’existe pas de “bon système”, il existe tout de même plusieurs systèmes “pas trop mauvais” qui, à défaut de respecter tous les critères d’Arrow, en respectent une bonne partie, et notamment ceux qui - comme le critère de Condorcet - paraissent les plus importants.

Le marquis de Condorcet proposa ainsi une méthode de vote qui s’avère plus équitable que le scrutin uninominal à deux tours, mais qui a pour inconvénient d’être difficile à mettre en œuvre, à moins d’utiliser un système de vote électronique. Elle demande en effet aux votants de comparer les candidats deux à deux…
Jean-Charles de Borda, mathématicien, physicien, politologue et marin français, contemporain de Condorcet, formalisa en 1770 une méthode de vote qui consiste à attribuer un score à chaque candidat. Le candidat gagnant est alors celui qui cumule le plus grand score. Il existe un certain nombre de variantes regroupées sous le vocable de vote par notation.

Exemple de mise en œuvre :
Imaginons que quatre villes soient sollicitées pour déterminer la ville où sera construit l'hôpital de leur canton.
Imaginons d'autre part que la ville A regroupe 42 % des votants, la ville B 26 %, la ville C 15 % et la ville D 17 %.
Il est certain que chaque habitant souhaiterait que l'hôpital soit le plus proche possible de sa ville. On obtient donc les résultats de vote suivant, où les 42 % des votants de la ville A mettent en premier la ville A, puis en second la ville B qui est moins éloignée que la ville C et D, et ainsi de suite…:
Ville A (42 %)
Ville B (26 %)
Ville C (15 %)
Ville D (17 %)
1. Ville A
2. Ville B
3. Ville C
4. Ville D
1. Ville B
2. Ville C
3. Ville D
4. Ville A
1. Ville C
2. Ville D
3. Ville B
4. Ville A
1. Ville D
2. Ville C
3. Ville B
4. Ville A

Ce qui conduit au décompte de points suivant (le premier obtient 4 points, le second 3 points, le troisième, 2 points et le dernier 1point) :
Ville
1re
2e
3e
4e
Points
A
42
0
0
58
226 (=42*4+58*1)
B
26
42
32
0
294 (=26*4+42*3+32*2)
C
15
43
42
0
273
D
17
15
26
42
207

Alors qu’un vote à la majorité aurait conclu à une construction de l'hôpital dans la ville A, le choix se porte avec la méthode de Borda sur la ville B.

Et les questions ?

Les questions ? Oui, les questions qui ont servi d’introduction à ce petit billet et à ce que vous pouvez entendre autour de vous, comme par exemple « Faut-il voter utile ? ». Et bien les voilà éradiquées ! Avec un système de vote par notation, vous pouvez vous exprimer à votre convenance pour le candidat que vous souhaitez élire, pour les candidats que vous accepteriez éventuellement de voir élus, et vous pouvez aussi nommer les candidats dont vous ne pourriez supporter de subir les inconséquences crasses.

Une expérience pour 2012

Un de mes cousins a porté récemment à ma connaissance une initiative intéressante pour l’élection de 2012 qui propose aux citoyens de participer, parallèlement aux élections officielles, à une élection selon un système de notation similaire au système de Borda : le vote de valeur. L’initiative est consultable sur le site http://www.votedevaleur.org et a pour objectif une comparaison scientifique d’un scrutin uninominal à deux tours et d’un système avec vote de valeur.
Je vous encourage fortement à y participer. On peut espérer que ça ouvre la voie à la mise en place d’un système de vote plus représentatif que le mode de scrutin actuel.

Le vote électronique ?

Pour finir, un dernier mot sur la problématique du dépouillement des votes. Pour un scrutin majoritaire, on sait faire. Ça se passe à peu près bien et dans des délais raisonnables. La présence d’observateurs tiers permet de limiter les erreurs ou les bourrages d’urnes !

La méthode de vote proposée par Condorcet n’est par contre pas adaptée à ce style de dépouillement en raison du grand nombre de bulletins et de calculs nécessaire à l’obtention du résultat final. À notre époque, il est tentant de faire appel aux ordinateurs pour traiter toutes ces données — après tout, le traitement de grande quantité de données est bien leur raison d’être !
Mais, car il y a un « mais », les ordinateurs sont très sensibles aux erreurs de programmation, aux virus, aux hackers;… Il est tellement facile de tricher avec des ordinateurs qu’on se demande encore comment des élections peuvent aujourd’hui utiliser des machines à voter, et qui plus est, dans des démocraties !
Bref, un changement de processus électoral ne pourra être réalisé que si une technique manuelle de dépouillement peut être mise en œuvre. L'initiative référencée ci-dessus propose quelques pistes.

vendredi 25 novembre 2011

Ci-dessous une petite animation créée par ma deuxième fille… J'avoue que j'aime bien !

Learn more about this project

Si l'animation ci-dessus ne marche pas, vous pouvez essayer en cliquant sur l'image ci-dessous :

Scratch Project

L'animation a été réalisée à l'aide du logiciel Scratch du MIT qui permet de faire de la programmation graphique…

lundi 15 août 2011

Journalisme, politique, mensonges et démocratie

« Les journalistes ne croient pas les mensonges des hommes politiques, mais ils les répètent ! C’est pire ! » — Coluche
©sauvageonne, cc-by_nc-nd
Permettez-moi tout d'abord, de remercier la région PACA qui par son sous-équipement chronique en terme de transport en communPar exemple, la ligne SNCF Aix-Marseille (36km entre deux villes qui constituent une aire urbaine de plus d'un million six-cent milles habitants ) était il y a peu une voie unique non électrifiée. Elle est aujourd'hui partiellement doublée., me permet chaque matin d'écouter pendant une à deux heures la radio dans l'ambiance paisible et bucolique des embouteillages provençaux.

C'est dans ce cadre et en pleine affaire des Roms, lundi 6 septembre dernier, que j'écoutai le nouveau Patrick Cohen sur la matinale de France-Inter avec son invité, François Fillon.Ce dernier y a proféré un certains nombre de propos qui m'ont interpellés d'autant plus qu'ils ont été superbement ignorés de l'animateur. J'ai noté par exemple, l'assimilation d'une évacuation d'un terrain à Lille avec les expulsions de Roms à la frontière et l'entretien de la confusion entre Roms et Roumains...

Je pense que c'est à cet instant que je me suis pour la première fois posé la question d'un possible impact négatif du journalisme sur la démocratie.

Jusqu'à maintenant, j'étais persuadé que le journalisme et son indissociable indépendance, sont indispensables à une bonne santé démocratique. Mais tout à coup je me suis rendu compte qu'il y a journalisme et journalisme.

En particulier, je ne peux pas imaginer un rôle positif dans la démocratie au journalisme épinglé par Coluche, qui contribue à la propagation d'erreurs, ou de mensonges proférés par nos homme politiques. « Des mensonges ? Comme-il y va » pensez-vous.

Je vais me permettre ici une toute petite énumération relevée ces dernières années :
Ceci étant dit, que peut-on faire ? Les journalistes n'auront que rarement les moyens de s'entourer des experts qui sauront réfuter à la seconde les chiffres imaginaires brandis par l'interviewé, qui se voit bien heureux d'avoir carte blanche pour débiter mensonges et petites erreurs qui feront douter les auditeurs.

Je vois deux solutions :
  1. interdire les émissions en directe et ne publier que des émissions montées et corrigées des chiffres pour lesquels la source est donnée,
  2. mettre en place un système d'externalisation ouverte (crowdsourcing), permettant de remonter en temps-réel, ou presque, les énormités énoncées par les invités des émissions en directe. Ce système, reposant sur une large base de bénévoles et passionnés, permettrait aux journalistes de rebondir très rapidement après les vaticinations de l'invité mais aussi aux auditeurs de se faire rapidement une idée de la qualité des propos énoncés.
La première est illusoire. Pour la deuxième, rien n'existe aujourd'hui à ma connaissance. Un futur billet appronfondira (ou pas) les limites du sujet.

Street photos — « Carnaval de La-Tour-d'Aigues »


I finally decided to publish some of my photos.

As I need to sort a lot of them,  I started with those already online and which, being taken while a public event, are publishable without asking too many questions ...



carnaval_2011


These photos are published under the cc-by-sa license, which allows them to be reused provided they are attributed to myself and that any redistribution being done under the same licenceI emphazise this because I had the great pleasure to find these photos in the municipality newspaper, unfortunately without any reference to the source of the photos…

Photos de rue — Carnaval de La-Tour-d'Aigues

Je me suis enfin décidé à publier, dans le sens « rendre public », quelques unes de mes photos.

Comme j'ai un gros tri à faire, je commence par celles qui sont déjà en lignes et qui, étant prises dans le cadre d'une manifestation publique, sont publiables sans avoir à se poser trop de questions…

carnaval_2011
Ces photos sont publiées sous la licence cc-by-sa qui spécifie qu'elles peuvent être réutilisées à condition de citer l'auteur et en cas de redistribution, de garder la même licence. Je précise ce point, car j'ai eu le grand plaisir de retrouver ces photos dans la feuille de choux de la municipalité, malheureusement sans la moindre référence à l'origine des photos…