samedi 4 décembre 2010

De la sur-ingénierie dans l'automobile...

... ou comment accuser les autres de nos petits malheurs !

Il m'est arrivé une mésaventure mardi dernier que j'ai le plaisir de vous conter :

Dans le soucis d'améliorer mon karma éco-biologique, je prends de temps en temps le bus qui m'emmène pour une modique somme de 70 ¢ de la gare de Pertuis à l'arrêt de bus en face de mon travailj'en profite pour remercier la communauté des communes du pays d'Aix et l'inciter à continuer en ce sens vu l'impact négatif qu'ont toutes ces heures de bouchons sur la santé économique, écologique et sociale de ce même pays d'Aix.

Donc mardi matin, je saute dans la voiture avec quelques minutes de retard sur mon timing, arrive à la gare vers 7h43 et demie, sort en catastrophe de la voiture et cours pour prendre le bus qui décolleils ont des super bus à la CCPA :-) à 7h45 pétante ! Ouf... Je suis dans le bus.

Tout va bien ! Et vous commencez à vous demander pourquoi je vous raconte tout ceci et comment je vais arriver à parler de l'ingénierie automobile ? Serais-je atteint de sénilité précoce pour déblatérer ainsi par le menu détail ces moments insignifiants mais néanmoins récurrents de ma vie quotidienne ? Non, non, je vous rassure. Voici ce qui se passa le soir, en descendant du bus avec le sentiment béat du devoir accompli.
— « Tiens, tiens ? » me dis-je en appuyant sur la télécommande d'ouverture et en constatant une absence complète du début du moindre frémissement de la voiture.
Et là, assez vite je me rends compte que quelque chose ne va pas. J'ouvre la voiture avec la clef  – vous savez, sans appuyer sur un bouton mais en introduisant la partie métallique dans la fente appelée « serrure » et en effectuant un mouvement de rotation du poignet dans le sens horaire –, prends place sur le siège du conducteur et constate avec dépit que la commande d'allumage des feux est bien en position allumé.

Damned ! Ce matin, dans la précipitation, j'ai oublié d'éteindre les phares ! Je n'ai même pas eu le temps d'entendre la voiture me signaler, de cette agréable mélodie entendue quotidiennement, « tu-n'as-pas-éteint-les-feux-tu-n'as-pas-éteint-les-feux-tu-n'as-pas-éteint-les-feux-tu-n'as-pas-éteint-les-feux-tu-n'as-pas-éteint-les-feux-t'es-ballot-ou-quoi »

Et là, dépité par ce mauvais coup du sort, dans la nuit froide de cette fin d'après-midi hivernale, je me sens pris d'un irrésistible sentiment de pitié pour ces ingénieurs de l'automobile qui en sont arrivés à concevoir cette fabuleuse solution technique...

Observons au ralenti ces instants d'intense création au moyen d'un petit flash-back romancé que nous autorise la fiction :
— « Bon les gars ! Il va falloir être créatif ! Ce matin encore, notre chef s'est pris un savon par le big boss car la batterie de son carrosse était à plat.
Jules – il a été viré depuis – avait oublié d'éteindre les phares de la voiture du patron hier au soir. En conséquence de quoi le grand chef n'a pas pu aller prendre son petit déj' au Fouquet's ce matin et a fait une irruption d'une rare violence dans le bureau du chef ce matin.
Je peux vous dire que ça a crié et qu'on a intérêt à se démener si on veut être encore là le mois prochain. »
« Je veux une solution demain midi sur mon bureau ! Au boulot ! »
J'enjolive peut-être mais je pense que seule une situation de stress intense a pu conduire à ce genre de résultat.
Examinons tout aussi calmement la solution retenue sur un scénario des plus standards :
  1. la nuit tombe,
  2. le conducteur allume ses phares,
  3. le conducteur arrive à destination,
  4. il coupe le contact,
  5. il ouvre la portière,
  6. il met un pied dehors,
  7. il entend une alarme,
  8. il réalise que quelque chose ne va pas,
  9. il se souvient que les phares sont allumés,
  10. il se penche vers les commandes de phare,
  11. il tourne cette dernière jusqu'à extinction des phares,
  12. il sort de la voiture, légèrement agacé par le son de l'alarme et par le sentiment d'être rappelé à l'ordre par un bête mécanisme sans intelligence,
  13. il ferme la voiture....
L'analyse du scénario a vraisemblablement été faite pour contrer le cas redouté « le conducteur oublie d'éteindre ses phares ». La solution est alors évidente : puisqu'il faut lui éviter d'oublier rappelons le lui ! Bon sang, mais c'est bien sûr.
— « Chef, chef ! On a la solution. Il suffit d'ajouter :
  • un détecteur de courant sur le circuit des phares,
  • un détecteur de coupure de contact,
  • un micro-contrôleur permettant de coupler la détection de courant avec la détection de coupure de contact,
  • un générateur de tonalité couplé avec une gestion de la variation de période (il ne faut pas que l'alarme soit trop agressive tout de même),
  • un haut-parleur,
et avec ça, nos voitures seront capables de rappeler au conducteur d'éteindre les phares, et Jules ne sera plus jamais viré ! On est trop fort ! On a aussi pensé mettre un synthétiseur vocal avec la voix d'Angelina Jolie, mais on a pensé que ça serait un peu cher. »
Pour faire court, je vous donne l'autre solution, mise en œuvre sur une voiture de marque italienne populaire et souvent décriée depuis au moins 15 ans :
  • mettre le circuit des phares sur le coupe circuit du contact
Avec cette solution, les phares s'éteignent quand on coupe le contact. C'est économique à réaliser, ça répond au besoin qui est de ne pas laisser les phares allumés, ça n'agace pas le conducteur.
Seulement fallait-il se concentrer sur le vrai besoin qui était  « éteindre les phares » et non pas « rappeler à Jules de faire quelque chose »...


4 commentaires:

  1. J'ai toujours la trouille que ça m'arrive quand j'empreinte une voiture, parce que la mienne - de marque suédoise - a aussi incorporé le circuit des phares sur le coupe-circuit du contact ... puisque tu dis que c'est comme ça que ça marche :-)

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  2. Guillemette7:26 PM

    Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué :-DDDD

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  3. Est-ce un bug ou une fonctionnalité? :D
    C'est toujours incroyable de sentir autant pris au dépourvu à notre époque... J'espère que tu n'as pas trop galéré pour remettre tout ça en route.
    Je me souviens que sur les voitures d'antan (du genre de ma vieille de 61), il y avait une fonction pour laisser les veilleuses côté gauche allumées, lorsqu'on se gare en débordant un peu sur la route par exemple(mais qui ferait une chose pareille! :)... mais les voitures actuelles (hors allemandes) semblent avoir délaissé cette fonction... C'est ce qui m'amène à me poser cette question (qui devrait être posée aux ingénieurs dont tu parles):
    Y a-t-il un cas d'utilisation qui justifie le fait qu'une auto ait ses feux allumés alors que son conducteur a coupé le contact et retiré la clé (ou carte etc.) ?
    Sinon pour faire encore plus simple (et plus version 2010) on peut imaginer que la voiture prenne contact avec toi sur smartphone pour te demander si tu as vraiment voulu la laisser toute seule (la pauvre) toute allumée... :D Comme ça, tu ne déranges plus le fameux garagiste qui a déjà commencé à prendre l'apéro et qui te fait bien sentir l'ampleur de ton acte, en te le facturant amplement à la fin de son coup de main, et tu participes à la reprise(?) de la croissance(?)... puisque si tu achètes une voiture neuve, tu dois aussi changer de téléphone (si tu es encore parmi les fous qui ne connaissent ni Android, 7 Mobile, ou encore iOS :)

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  4. Tu as raison, je pense que ça a été pensé comme un fonctionnalité et c'est bien ça le problème ! Je dois avouer que dans les 15 dernières années, il m'est arrivé une fois d'avoir besoin de laisser les phares allumés en coupant le contact. Une fois contre environ 3000 fois où j'avais besoin de ne pas laisser les phares allumés.

    Le fait de concevoir une solution sans avoir vraiment identifié le problème reste quand même quelque chose d'assez courant... et de rarement efficace.

    Bonne idée le lien avec le téléphone... Je pense qu'il y a un marché ! Tu as de la dispo les mois qui viennent ?

    Je n'avais pas souvenir de la fonctionnalité « laisser les veilleuses latérales allumées », mais comme tu dis, « qui ferais une chose pareille de nos jours » : :-)

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