jeudi 30 décembre 2010

Censure, suite ...

Le jour même de l'écriture de mon dernier billet, sur la censure du net programmée par le gouvernement, Éric Ciotti a essayé de défendre cette même censure sur RMC-info. Je n'ai pas eu le plaisir d'entendre ce moment apparemment digne des plus grands humoristes, mais Me Éolas a écrit, avec sa verve habituelle un billet pour commenter cet extraordinaire moment de mauvaise foi.

La lecture de ce billet vous apportera également un explication claire et juridiquement argumentée des conséquences de l'article 4 de la LOPPSI2,  dont je vous ai parlé la dernière fois.

Bref, si vous ne l'avais pas encore lu, allez-y de suite : Prix Busiris pour Éric Ciotti

édité le 19/02/2011 :  Le PS soumet la loppsi 2 au conseil constitutionnel
édité le 16/03/2011 : L'article 4 est validé par le conseil constitutionnel - lire la réaction de Korben

mercredi 22 décembre 2010

Internet sous la censure du gouvernement ?

J'ai déjà deux billets en cours d'écriture et en retard mais tant pis, je ne résiste pas à vous faire partager ce qui se passe à l'assemblée nationale autour du projet de loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure — ou LOPPSI de son petit nom.

Les médias s'en sont fait écho autour de certains aspect de cette loi comme les peines plancher ou le retour de la double peine, mais ils ont pour la plupart passé sous silence ce qui s'est passé autour de l'article 4.

Cet article concerne le filtrage des sites internet à caractère pédopornographique. Voici les évolutions de cet article (retracé par pcimpact).
  • Version 1 de la LOPPSI adoptée à l’Assemblée nationale :
« Le juge donne son accord (ou non) au blocage des sites pédopornographiques (plus exactement les contenus relevant de l’article 227-23 du Code pénal) » — Il est intéressant de noter que l'intervention du juge a été votée contre l'avis du gouvernement.
« L’autorité administrative fait bloquer les sites manifestement pédopornographiques
L’autorité administrative peut saisir le juge pour faire bloquer les sites qui n’ont pas ce caractère manifeste »
  • Version 2 de la LOPPSI votée à l’Assemblée nationale :
« L’autorité administrative fait bloquer les sites contrevenant à l’article 227-23 du code pénal. »
De plus, le gouvernement s'est opposé à ce que la liste des sites bloqués soit rendue publique et/ou contrôlée par une autorité de régulation. Il semblerait également que le fichier ne puisse être audité pendant 2 ans et que sa gestion relèvera directement du ministère de l'intérieur.

La France est donc en train, merci Monsieur Hortefeux, de se doter de moyens de censure d'internet digne de ce qui est mis en œuvre en Chine ou d'en d'autres paradis de la liberté d'expression.

« Oui ! Mais quand même les sites pédopornographiques, il faut faire quelque chose » me direz-vous ! 

Et vous avez bien raison. Malheureusement, le gouvernement choisit ici de se cacher les yeux au moyen de cette nouvelle loi plutôt que de se donner les moyens permettant de supprimer les contenus litigieux.

On parle en effet dans cet article de blocage, donc de filtrage d'internet par les FAI — fournisseurs d'accès internet — plutôt que la suppression du contenu, chose déjà permise par la loi, mais qui demande le recours à la justice et un peu de moyens financiers pour mettre en œuvre les brigades policières spécialisées.


Les associations de lutte contre la pédopornographie ne s'y trompent pas, relayées par Jean-Dionis du Séjour, le seul des députés centriste à avoir voté contre :
« Nous regrettons la faiblesse du volet préventif de la loi. Il aurait été notamment judicieux d'organiser une coopération de fait entre les FAI et les hébergeurs afin de lutter efficacement contre les « contenus odieux » sur internet. (…) Le filtrage doit donc rester une mesure exceptionnelle sous contrôle du juge car cette approche du filtrage de l'internet est clairement un marqueur distinctif entre les démocraties et les régimes autoritaires ».
Pour aller plus loin :

Edit du 23/12/10 : ajout du lien vers le blog de Zythom.

samedi 4 décembre 2010

De la sur-ingénierie dans l'automobile...

... ou comment accuser les autres de nos petits malheurs !

Il m'est arrivé une mésaventure mardi dernier que j'ai le plaisir de vous conter :

Dans le soucis d'améliorer mon karma éco-biologique, je prends de temps en temps le bus qui m'emmène pour une modique somme de 70 ¢ de la gare de Pertuis à l'arrêt de bus en face de mon travailj'en profite pour remercier la communauté des communes du pays d'Aix et l'inciter à continuer en ce sens vu l'impact négatif qu'ont toutes ces heures de bouchons sur la santé économique, écologique et sociale de ce même pays d'Aix.

Donc mardi matin, je saute dans la voiture avec quelques minutes de retard sur mon timing, arrive à la gare vers 7h43 et demie, sort en catastrophe de la voiture et cours pour prendre le bus qui décolleils ont des super bus à la CCPA :-) à 7h45 pétante ! Ouf... Je suis dans le bus.

Tout va bien ! Et vous commencez à vous demander pourquoi je vous raconte tout ceci et comment je vais arriver à parler de l'ingénierie automobile ? Serais-je atteint de sénilité précoce pour déblatérer ainsi par le menu détail ces moments insignifiants mais néanmoins récurrents de ma vie quotidienne ? Non, non, je vous rassure. Voici ce qui se passa le soir, en descendant du bus avec le sentiment béat du devoir accompli.
— « Tiens, tiens ? » me dis-je en appuyant sur la télécommande d'ouverture et en constatant une absence complète du début du moindre frémissement de la voiture.
Et là, assez vite je me rends compte que quelque chose ne va pas. J'ouvre la voiture avec la clef  – vous savez, sans appuyer sur un bouton mais en introduisant la partie métallique dans la fente appelée « serrure » et en effectuant un mouvement de rotation du poignet dans le sens horaire –, prends place sur le siège du conducteur et constate avec dépit que la commande d'allumage des feux est bien en position allumé.

Damned ! Ce matin, dans la précipitation, j'ai oublié d'éteindre les phares ! Je n'ai même pas eu le temps d'entendre la voiture me signaler, de cette agréable mélodie entendue quotidiennement, « tu-n'as-pas-éteint-les-feux-tu-n'as-pas-éteint-les-feux-tu-n'as-pas-éteint-les-feux-tu-n'as-pas-éteint-les-feux-tu-n'as-pas-éteint-les-feux-t'es-ballot-ou-quoi »

Et là, dépité par ce mauvais coup du sort, dans la nuit froide de cette fin d'après-midi hivernale, je me sens pris d'un irrésistible sentiment de pitié pour ces ingénieurs de l'automobile qui en sont arrivés à concevoir cette fabuleuse solution technique...

Observons au ralenti ces instants d'intense création au moyen d'un petit flash-back romancé que nous autorise la fiction :
— « Bon les gars ! Il va falloir être créatif ! Ce matin encore, notre chef s'est pris un savon par le big boss car la batterie de son carrosse était à plat.
Jules – il a été viré depuis – avait oublié d'éteindre les phares de la voiture du patron hier au soir. En conséquence de quoi le grand chef n'a pas pu aller prendre son petit déj' au Fouquet's ce matin et a fait une irruption d'une rare violence dans le bureau du chef ce matin.
Je peux vous dire que ça a crié et qu'on a intérêt à se démener si on veut être encore là le mois prochain. »
« Je veux une solution demain midi sur mon bureau ! Au boulot ! »
J'enjolive peut-être mais je pense que seule une situation de stress intense a pu conduire à ce genre de résultat.
Examinons tout aussi calmement la solution retenue sur un scénario des plus standards :
  1. la nuit tombe,
  2. le conducteur allume ses phares,
  3. le conducteur arrive à destination,
  4. il coupe le contact,
  5. il ouvre la portière,
  6. il met un pied dehors,
  7. il entend une alarme,
  8. il réalise que quelque chose ne va pas,
  9. il se souvient que les phares sont allumés,
  10. il se penche vers les commandes de phare,
  11. il tourne cette dernière jusqu'à extinction des phares,
  12. il sort de la voiture, légèrement agacé par le son de l'alarme et par le sentiment d'être rappelé à l'ordre par un bête mécanisme sans intelligence,
  13. il ferme la voiture....
L'analyse du scénario a vraisemblablement été faite pour contrer le cas redouté « le conducteur oublie d'éteindre ses phares ». La solution est alors évidente : puisqu'il faut lui éviter d'oublier rappelons le lui ! Bon sang, mais c'est bien sûr.
— « Chef, chef ! On a la solution. Il suffit d'ajouter :
  • un détecteur de courant sur le circuit des phares,
  • un détecteur de coupure de contact,
  • un micro-contrôleur permettant de coupler la détection de courant avec la détection de coupure de contact,
  • un générateur de tonalité couplé avec une gestion de la variation de période (il ne faut pas que l'alarme soit trop agressive tout de même),
  • un haut-parleur,
et avec ça, nos voitures seront capables de rappeler au conducteur d'éteindre les phares, et Jules ne sera plus jamais viré ! On est trop fort ! On a aussi pensé mettre un synthétiseur vocal avec la voix d'Angelina Jolie, mais on a pensé que ça serait un peu cher. »
Pour faire court, je vous donne l'autre solution, mise en œuvre sur une voiture de marque italienne populaire et souvent décriée depuis au moins 15 ans :
  • mettre le circuit des phares sur le coupe circuit du contact
Avec cette solution, les phares s'éteignent quand on coupe le contact. C'est économique à réaliser, ça répond au besoin qui est de ne pas laisser les phares allumés, ça n'agace pas le conducteur.
Seulement fallait-il se concentrer sur le vrai besoin qui était  « éteindre les phares » et non pas « rappeler à Jules de faire quelque chose »...